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La Parabole du Bon Samaritain

Cathédrale de Bourges

La Cathédrale Saint-Étienne de Bourges a été construite entre 1195 et 1324, il s’agit d’un édifice religieux de style gothique.

Elle présente un espace allongé divisé longitudinalement en cinq vaisseaux ; à l’est, l’édifice se termine en arrondi, les vaisseaux latéraux se rejoignant pour former un double déambulatoire. L’originalité réside dans le traitement des volumes, le vaisseau central étant très largement ouvert sur les vaisseaux collatéraux. Ainsi, les baies sont-elles réparties pour offrir trois niveaux d’éclairement.





La cathédrale de Bourges présente la particularité dans l’absence de transept, les vitraux originaux datent du XIIIème siècle.

Toute la plastique de la cathédrale est subordonnée aux modalités d’emploi de la lumière. De par leur position dans la cathédrale et pendant que la lumière solaire scande les heures, les vitraux déterminent un éclairage qualifié pour chaque moment du jour et de l’année. Les parois murales gothiques percées de vastes espaces ajourées en appellent à l’art du contraste et du contrejour et laisse le vitrail régler la quantité de lumière diffusée. Là où la fenêtre répond aux nécessités plastique d’éclairement de l’extérieur vers l’intérieur, la vitrerie inscrit la polychromie de la narration et de l’ornementation. La surface ainsi animée organise le vide de cet espace plan. Cette habile confrontation d’ombres et de lumières permet à l’image d’y développer ses complexités. Désormais, le vitrail se substitue au mur peint roman et devient mur de lumière.

L’architecte anonyme a su créer une impression de continuité des espaces où la lumière circule de façon homogène.

Focillon a nommé le vitrail « un tableau transparent ».

 

Le vitrail peut être défini comme une clôture translucide portant un décor.

Cet art complet qui associe trois métiers : le verrier qui fabrique les feuilles de verre, le maître verrier qui réalise le vitrail et le serrurier qui fabrique les éléments métalliques pour la pose.

Cet art  prend son essor au moment du plus grand développement de l’architecture romane.

 

Dans la cathédrale de Bourge le visiteur perçoit aisément la différence entre les vitraux du XIII et ceux du  XV et XVIème siècle.

Chaque verrière raconte une séquence d’histoire ou tisse des liens entre plusieurs histoires. Ce type de vitrail s’inscrit dans les œuvres narratives.

 

Une sorte de mur qui laisse passer la lumière :

Le vitrail constitue une cloison, une sorte de mur singulier. Il ne doit pas être transparent, pour que sa lecture ne soit pas gênée par l’interférence avec des objets placés à l’extérieur. Mais il laisse passer la lumière et la modifie. Le vitrail ne vit que par la lumière. Le fait que le verre laisse passer la lumière et qu’elle se charge alors du message de la fenêtre a semblé, aux hommes du moyen âge, comme une manifestation de l’incarnation et de la présence divine dans les églises.

Le Bon Samaritain :





Rembrandt  Delacroix Aimé Nicolas Morot  Van Gogh

La parabole dite du Bon Samaritain est celle dont se sert Jésus de Nazareth, selon l'Évangile de Luc, pour illustrer sa définition du « prochain ». Un docteur de la Loi vient de lui demander : « Et qui est mon prochain? »

Le texte évangélique

« Mais le docteur de la Loi, voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?"

Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite*, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain**, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour.

" Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?"

Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui."

Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même". »

 

*lévite : membre de la tribu de Lévi chez les israélites.

**samaritain : membre d’une secte juive, homme miséricordieux, personne secourable.

 

Les panneaux ont une fonction narrative, l’ensemble des médaillons va permettre de reconstruire la légende.

Dans le vitrail de Bourges, l’histoire est racontée dans les médaillons situés au milieu, sur l’axe vertical du vitrail.

Le sens de lecture des images :

Au moyen âge, il ya encore peu de normalisation. Un livre, qui est encore un manuscrit se lit de gauche à droite. Mais pour une peinture murale ou un vitrail, il n’y a pas de code universel. Habituellement, un vitrail se lit de bas en haut comme dans les tympans des portails. Le vitrail du bon Saint Maritain se lit lui de haut en bas  pour la partie centrale.






L’emploi des couleurs

La gamme des couleurs est restreinte : bleu, rouge et blanc dominent ; on note des pourpres, des verts et la carnation des personnages est pourpre rose. De loin l’effet de mosaïque domine. Les grandes plages rouges se détachent tandis que les parties bleues unifient la verrière.

 

La révolution du jaune d’argent (non présente dans le vitrail étudié, mais présente dans la Cathédrale)

Elle commence au début du XIVème siècle, les verriers parisiens et normands introduisent le jaune d’argent ; un mélange d’ocres et de sel d’argent. On applique cette teinte aux morceaux de verres plats puis le verre va se teinter après la cuisson en jaune. Cette technique présente l’intérêt de modifier tout ou partie de la coloration d’une pièce sans y ajouter un plomb qui de part son tracé noir, vient durcir le dessin. Un morceau de verre incolore peut être partiellement teint en jaune pour représenter des cheveux autour d’un visage. De même, il est possible de crée de nouvelle couleur par mélange, exemple, un verre bleu recouvert de jaune d’agent va produire un vert  nuancé.


La technique du vitrail :

L’histoire des vitraux commence vers le XIIème siècle donc le moyen âge, même si le verre existe depuis le troisième millénaire avant Jésus Christ.

Création de la maquette :

La maquette est une esquisse très précise qui révèle la future apparence du vitrail. Elle est colorée, indique le tracé des plombs et fait fonction de référence tout au long de l'élaboration du vitrail.

Souvent conçue au 1/10ème, cette maquette sert aussi de base au carton, qui lui, représente l'œuvre à la taille réelle.

Le carton est dupliqué à l'aide de papier carbone en trois exemplaires : le premier pour le plan de travail, le second sert de gabarit (les pièces sont découpées à partir de celui-ci avec un ciseau trois lames) et le troisième a un rôle de "sauvegarde". Les pièces sont numérotées sur chacun d'eux.

L’échantillonnage : Le maitre verrier choisit les gammes de verre

Coupe du verre :

La découpe du verre se fait à l'aide d'un diamant ou d'un coupe verre. Le gabarit de la pièce est posé sur le verre puis est reproduit fidèlement.

Décoration des pièces à la grisaille ou émaux :

Le verre peut être décoré selon différentes techniques de peinture. La grisaille et les émaux sont vitrifiables, c'est-à-dire qu’ils adhérent au verre suite à la cuisson de celui-ci.

La Grisaille est un procédé très ancien qui permet de compléter un chemin de plomb en dessinant des traits ou bien de créer des ombres (plis des vêtements, les cheveux). De couleur brune à noire, elle a un aspect mat. Cet acte nécessite un passage au four pour durcir la grisaille.

Les émaux apportent quant à eux une couleur supplémentaire au verre et présente un fini translucide et brillant après sa cuisson. Ils permettent de créer un mélange optique entre la peinture et la couleur initiale du verre, et présente un large choix de couleurs.

Mise au plomb

Le sertissage ou encore montage, consiste à assembler les pièces de verre en les encastrant dans des baguettes de plomb. L'organisation du réseau de plomb doit avoir été étudié au préalable afin de garantir le respect du dessin initial et la solidité du vitrail.

L'ensemble obtenu est maintenu par des clous sur le plan de travail puis les jonctions des baguettes sont enduites d'un produit afin de faciliter l'adhérence de l'étain lors des soudures.

Le soudage permet de solidariser le réseau des plombs en faisant fondre un peu d'étain sur chaque intersection.

A : aile du plomb     b : âme du plomb     

 

 

Masticage (inconnu au XIIème siècle)

Les soudures terminées sur chaque face du vitrail, il faut à présent consolider et étancher celui ci grâce au masticage. Un mastic semi-liquide est donc appliqué afin de combler les petits espaces entre le verre et le plomb. En dernier lieu le vitrail est nettoyé correctement puis est laissé à sécher pendant quelques jours.