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Le triptyque de l’Erection de la Croix 1610

Pierre Paul RUBENS

Contexte historique

La crise religieuse du XVI ème siècle remet en cause un héritage chrétien jugé corrompu.

 787- II Concile de Nicée

 1517- Les Quatre-Vingt-Quinze Thèses de Luther dénoncent les travers de l’Église comme la vente des indulgences, et affirment que la Bible doit être la seule autorité sur laquelle repose la foi.

 1529- Le Luthéranisme devient religion d’État en Suède, puis au Danemark, en 1536.

 1536- Calvin publie en latin l’Institution de la religion chrétienne. La version française sera publiée en 1541.

 1545- Le concile de Trente réaffirme les dogmes et la discipline de la Contre-Réforme Catholique. Il se termine en 1563.

 1562- En janvier, l’édit de Saint-Germain impose des règles de coexistence religieuse : c’est la première reconnaissance des protestants par l’État royal. Le 1er mars 1562, des protestants sont massacrés à Wassy par le duc de Guise : début des huit guerres de Religion (1562-1598.

 

Concile de Nicée :

Depuis le II concile de Nicée en 787, l’église romaine s’appuyait sur l’art pour éduquer les foules illettrées et asseoir son pouvoir. Le concile a pour objectif de mettre un terme au conflit politico-religieux à propos de l’iconoclaste (interdiction de la vénération des images saintes). Le concile affirme la nécessité de vénérer les images et les reliques. Il affirme que l’honneur ne s’adresse pas à l’image, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne  qu’elles représentent.

 

La réforme et le Calvinisme :

Il s’agit d’une doctrine religieuse issue de la de pensée de Calvin qui va instaurer une réforme. La réforme s’acharna à supprimer toutes les images, pas d’idolâtrie, l’art est supprimé.

Pendant l’époque calvinisme, les églises d’Anvers furent vidées de leur œuvre d’art. Le calvinisme critique le luxe et les dépenses de l’église romaines.

 

Concile de Trente 1545-1563 :

Convoqué par le pape Paul III en 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la réforme protestante, il débute le 13 décembre 1545.

En réaction aux progrès de la réforme protestante, il définit le péché originel, la justification, une autorité de la Bible spécifique au catholicisme romain et confirme les sept sacrements, le culte des saints et des reliques ainsi que le dogme de la transsubstantiation (transformation du pain et du vin en celle du corps et du sang de Jésus-Christ , dans l’eucharistie).

Le concile de Trente (15451563) mit fin aux abus les plus criants, comme les trafics d'indulgences ou la vie dissolue d'une partie du clergé (décrets rappelant le célibat des prêtres ou le devoir de résidence des évêques).

Les jésuites (concile de trente ) encouragent toutes les voies d’incarnation iconique susceptible d’offrir un accès sensible à la croyance. Il recommande la lisibilité et la monumentalité des œuvres. Il restaure la vénération des images tout en mettant en valeur la prédication (action de prêcher)  et favorise la dévotion. Un art pour tous qui ne laisse pas de place à des interprétations multiples.

 

La contre réforme : Impératifs religieux

La Contre-Réforme est un mouvement de réaction de l'Église catholique romaine, amorcée dès le XVe siècle et accélérée par la Réforme protestante.

L’église romaine va réagir (au calvinisme) par la contre réforme, d’où une affluence de commandes de tableaux d’églises. La contre réforme et le clergé insistaient pour que le croyant soit d’emblée attiré vers le maître autel où était placé le tabernacle (petite armoire mobile placée sur l’autel) renfermant l’Eucharistie. Il s’agit de réaffirmer le rôle de l’art comme propagande efficace et souhaitable

 

Le protestantisme :

Ensemble des églises issues de la réforme, le protestantisme a trois affirmations (réforme protestante 1566).

  1. L’autorité souveraine de la Bible en matière de Foi.
  2. Le salut de la Foi qui est don de Dieu.
  3. La force du témoignage intérieur de l’Esprit Saint, par lequel le croyant saisit la parole de Dieu exprimée dans les livres Saints.

Le protestantisme se veut, non pas un ensemble doctrinal, mais une attitude commune de pensée et de vie, qui est fidélité à l’Evangile.

Le  Baroque 

 

Né en 1590 à Rome, le mouvement Baroque inaugure une nouvelle relation entre l’être et le monde, qui contredit les conceptions d’harmonie de la Renaissance. Style artistique née en Italie  à la faveur de la contre réforme, en opposition au classicisme, il donne la primauté à la sensibilité. C’est par la mise en scène que le Baroque s’impose avant tout, il a la volonté de toucher le sentiment des foules. Pour cela, il fait appel à l’imagination, au jeu de perspective, à la courbure. Il propose la composition audacieuse en diagonale, mêlant  raccourcis et contre plongée. Il possède le goût des effets spectaculaires, et l’illusion devient l’expression la plus efficace pour susciter la face de l’imagination. Il vise à donner une impression de l’instant, et évoque le devenir de l’être, (ainsi que l’insatisfaction et l’instabilité). Deux grands effets sont à retenir, l’effet de masse et l’effet de mouvement. C’est une arme de la contre réforme qui utilise les ressources communicatives de la figuration.

Rubens

 

Peintre et diplomate flamand, il est né en 1577 et décédé en 1640 à l’age de 63ans.Il est le chef d’un important atelier à Anvers. Il affirme son talent dans un style coloré et fougueux, des sentiments sensuels expressifs et violents, qui répondait au attente de la contre réforme. Il inaugure le courant Baroque, en mélangeant la grande peinture italienne et le réalisme flamand.

En 1610, Rubens peint l’Erection de la Croix, ce triptyque destiné au maître d’autel de l’église de Sainte Walburge à Anvers est aujourd’hui conservé à la cathédrale d’Anvers. Rubens réalise cette commande qui lui a été faite par un riche commerçant. Une œuvre monumentale, de style Baroque, réalisé dans un contexte politique et religieux violent, l’église est en pleine contre réforme.

Commande : le sujet est l’Erection de la Croix, un épisode de l’évangile

Peintre et grand érudit, il est nommé peintre officiel de la ville d’Anvers. Son atelier est composé d’élèves prestigieux, ainsi il réalise les esquisses et ses élèves les tableaux, à chacun sa partie. Soucieux de sa renommée, il diffuse son style par une production de gravure de haute qualité.

Rubens est partisan du coloris dans la querelle qui l’oppose au partisan du dessin comme lorrain. Il est considéré comme moderne car partisan du coloris, à l’inverse les partisans du dessin sont appelés classiques

La peinture de rubens se détache des principes de la Renaissance pour aboutir au sacre de la spiritualité.

Les concepts clé dans la peinture de Rubens:

Le baroque est en rupture avec la renaissance

La couleur est opposée au dessin

Le mouvement dans les formes et les figures, la composition de l’ensemble

Image qui saisit le pèlerin

La gravure et la publication

Atelier et de nombreux élèves

Diplomate pour la cour dans de nombreux pays, notamment la grande Bretagne et l’Espagne

La contre réforme

Travail à Anvers aux Pays Bas

Le triptyque de l'érection de la croix

Le triptyque est une composition picturale à panneaux multiples qui sont fixes ou mobiles. Les dimanches pendant la messe, ou lors de certaines fêtes religieuses, les volets sont ouverts dévoilant le message délivré aux fidèles. Les faces extérieures sont souvent réservées à des Saints révérés par l’église. De ce fait, l’apparence sculptural des saints (grisaille imitant la pierre) appartient à une tradition propre aux Pays Bas du sud.

Thème :

Le thème de l’Erection  de la Croix n’apparaît qu’à la fin du XVI siècles ( vers 1590) et  il doit son existence  à la contre réforme. Il faut faire ressentir la scène comme si le spectateur y assistait lui-même. Le tableau a valeur de sermon, à défaut de le comprendre, le fidèle est touché. Son esprit devait s’élever de la sphère terrestre à la sphère céleste, entre l’art et la religion, c’est de la communication de masse. Le dispositif de présentation particulièrement spectaculaire pourra être rapproché des dispositifs théâtraux. Il est destiné à obtenir l’adhésion des foules par des artifices donnant aux effets cosmétiques la profondeur d’une vérité. Il y a deux approches, l’une pour la foule et l’autre pour l’individu.

La foule : Un truchement de la magnificence du dogme.

L’individu : Eveiller sa sensibilité et son intériorité mystique.

                    Un art de la persuasion des foules et de l’émotion

Trois panneaux centraux : trois points de vue  autonome et simultanée sur la scène

Panneau de gauche :

  • Marie et Jean sont derrière un groupe de femmes éplorées.
  • Les regards des protagonistes ne se portent pas à l’extérieur, sauf celui d’une femme  placée à l’extrême gauche.
  • Les personnages ne cherchent pas à attirer l’attention du spectateur vers l’intérieur de la scène. Ils se concentrent sur l’action en cours.
  • C’est l’impact dramatique de l’ensemble et la conception  cinétique de la scène qui dirigent les regards.
  • L’action et les mouvements produisent un déséquilibre des corps soumis à un éclairage violent au sein d’une composition ascendante le long de la diagonale en croix.

Panneau central :

  • Il comporte neufs bourreaux tendus dans un même effort. Ils hissent le christ cloué sur la croix. Un chien sur le devant de la scène  assiste à l’Erection de la Croix.
  • Le christ : le visage du christ est curieusement serein, il se détache de l’effort et du tourment.
  • La diagonale est en opposition avec les mouvements  contradictoires  du groupe d’hommes (bourreaux).

Panneau de droite :

  • Oblique opposée au panneau de gauche.
  • Un mouvement déferlant de haut en bas  qui pèse sur la croix.
  • La terre et la lune  qui annonce l’éclipse, les ténèbres (selon les textes de la passion) entoureront la mort du Christ au milieu du jour.
  • Un commandant romain à cheval dirige le supplice. A l’arrière plan, deux larrons exécutés sont  cloués sur une croix, l’un est en train de se faire déshabiller et l’autre est déjà crucifié.
  • Un groupe de pleureuse confiné dans un espace étroit qui subit le poids de la croix dont il reproduit le mouvement oblique.
  • Les figures de saint Jean et de la Vierge par contraste (verticalité) gagnent en hauteur et en dignité.

Le hors champ

  • Le spectateur est attiré par le regard du Christ qui nous dirige vers l’invisible ailleurs, hors de la toile
  • Pour les fidèles, ce regard vers le ciel est évocateur de rédemption (salut du genre humain  par jésus Christ.

Composition :

  • La croix du Christ dessine une diagonale et constitue le motif dominant de la composition. Ainsi, le visage du Christ apparaît plus clairement. Il s’agit d’une séquence visuelle globale qui assure la progression du récit, une sensation de durée.
  • Rubens fait preuve d’un dynamisme fougueux. Il propose une composition tumultueuse, influencée par les maîtres italiens, découvert au cour de son voyage de 1600 à 1608 Rubens en Italie. Il donne une grande liberté au pinceau et provoque un chatoiement des couleurs.

Au dos :

Il y a quatre saints :

  1. Saint Armand qui est le fondateur de l’église  Sainte Walburge.
  2. Sainte Walburge, elle fut abbesse du monastère de Heidenheim (Allemagne) et son tombeau devint un centre de pèlerinage.
  3. Saint Eloi qui est le patron des forgerons Anversois.
  4. Sainte Catherine qui faisait l’objet d’une adoration particulière dans cette église.