Les Transparents de Carmontelle

Louis Carrogis dit Carmontelle 1717-1808


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    Aborder trois questions fondamentales :

·             la théâtralisation de l'image

·             la relation du spectateur avec l'image et la sollicitation des sens 

·             le caractère nomade et éphémère de la monstration de l'œuvre

lien vidéo d’un transparent : visionnage obligatoire de la vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=JuM-aoaJHGk

Carmontelle ne réalise pas que des transparents. C’est un peintre complet qui manie différentes techniques, telles que la mine de plomb, la sanguine, l’aquarelle et la gouache. Il est connu pour ses portraits (environ 900).


Portrait de la Comtesse d’Egmont 1758,

mine de plomb et sanguine sur papier 19x18cm.


Il exécute aussi (avec l’aide d’assistants) de grandes toiles (15x3.5m) pour des décors de petits théâtres dont certaines sont déjà rétroéclairées par des flammes comme au mariage de Duc de Chartres en 1769. 

Il réalise aussi des transparents à la gouache ou l’aquarelle. Pour les exécuter, il se place devant des fenêtres pour juger des effets.

Carmontelle décrit ainsi ses transparents : « Ces tableaux sont peints sur une bande de papier de Chine ou de papier vélin de la hauteur d'environ 24 à 55 m selon la quantité d'objets successifs qu'on veut représenter et cette bande de papier est bordée par le haut et par le bas d'un galon noir qui l'empêche de se déchirer. Pour que les objets peints sur cette bande de papier passent successivement, elle est montée sur deux rouleaux de bois renfermés dans une boîte noircie et placée à ses extrémités. Cette boîte possède deux ouvertures d'environ 66 cm pour laisser passer la lumière du jour au travers du papier peint. A l'axe de ces rouleaux, on adapte une manivelle qui fait tourner un des rouleaux sur lequel se replie toute la bande de papier qui enveloppe l'autre rouleau qui, tournant ainsi, fait passer successivement tous les objets peints sur ce papier. 


Pour peindre ces papiers transparents, il faut les placer, avant l'installation dans la boîte, sur un des carreaux d'une croisée (fenêtre), pour voir l'effet des nuances des couleurs à mesure que l'on travaille ; car si l'on peignait ce papier à plat sur une table, comme on dessine ordinairement, on serait surpris du peu d'effet que ferait cet ouvrage. Pour peindre les différents objets qu'on a représentés, on n'emploie que des couleurs gommées qui sont le bleu de Prusse, le carmin, l'encre de Chine, l'indigo, la laque verte, qui mêlées avec la gomme gutte
(jaune-orangé), donnent différents tons aux verts. Pour les ombres, on emploie du noir d'ivoire, du brun rouge ou du bistre, pour les tons rougeâtres du vermillon plus ou moins fort ».


Les Campagnes de France, vers 1783-1804
rouleaux de transparents, pierre noire, plume et encre noire, aquarelle et gouache sur feuilles


Transparents :

Ce sont des tableaux sur papier très fin, lesquels, exposés à la lumière du jour, devant un seul carreau de ses croisées, se déroulaient pendant une heure et plus aux yeux des spectateurs et leur présentaient une suite de scènes. Les Transparents mesuraient de 30 à 50 mètres.

Carmontelle accompagne le défilement de ses diapositives et de ses transparents de commentaires (descriptions, récits, anecdotes, conversations, bruitages, musiques...) mêlant les différents arts.


Sur la dizaine de transparents de longueur variable (d'environ 2,20 m à 52 m) produits par Carmontelle, quelques-uns sont conservés entiers dans des collections publiques (Musée du Louvre, Musée Condé de Chantilly) ou partiels (Museum de Los Angeles) mais d'autres sont conservés dans des collections privées, partiels le plus souvent, ayant été revendus découpés en plusieurs parties.

 

Le transparent des Quatre Saisons développe, sur 42 mètres, tous les thèmes chers à l’artiste : les campagnes idéalisées et les jardins pittoresques, parsemés de petites architectures appelées « fabriques », l’ensemble animé de personnages appartenant aux différentes couches de la société.


Le transparent acquis par le Louvre en 2015 est exposé dans son entier au Pavillon de verre du Louvre-Lens

avec un système de rétroéclairage qui recrée les conditions de " projection" originelles.


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Les scènes de genre :

Il s’agit de scènes de la vie quotidienne, de travails, de loisirs. Les Proverbes de Carmontelle sont toutes des scènes de genre mises en scène dans ses dessins comme dans ses spectacles de salons et accompagnées de dialogues. 


Proches de ses portraits proposant des personnages sur fond de décor flou et d'architectures en perspective évoquant la profondeur, les Proverbes n'optent cependant pas pour des personnages en gros plan mais pour des personnages plus petits, en frise et souvent plus nombreux.


Les Faux Indifférents, Recueil de Proverbes de 1758, aquarelle sur papier

Recueil illustré de 103 dessins pour les Proverbes dramatiques, 1778


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Les paysages :

Les dessins du Jardin de Monceau initient, dès le début des années 1770, des vues où le paysage prédomine, même si des promeneurs et des animaux donnent vie par leur présence à cette vision de la nature recréée. Les architectures font de ce parc un résumé de la géographie et des civilisations de la Terre, alors que les espèces végétales choisies et variées condensent elles aussi une vision de la Nature. Le format désormais horizontal des vues offre des ciels prédominants vers lesquels s'élèvent de grands arbres et de hautes constructions, alors que des personnages minuscules discourent en le parcourant, des vertus de la Nature, de botanique, d'architecture, de poétique des ruines. Au détour de chaque bosquet, une nouvelle vision émerveille et offre une perspective différente guidée par le chemin ou le cours d'eau, aboutissant sur un pont, un moulin, un tombeau, un obélisque, une pyramide, ou un pavillon.

Les paysages ne sont pas sans rappeler les transparents de par leurs contenus et leurs formats.


Les Quatre SaisonsL’Été, Fête, 1798,
transparent long de 42 mètres, aquarelle,

gouache et encre de Chine sur 119 feuilles de papier doublé de soie.

Le fil conducteur du récit est souvent la promenade d'un carrosse que l'on suit dans son parcours et qui arrive à destination dans la dernière vue. Avec lui, dans ces images en défilement, on traverse la campagne, on assiste au passage des heures (vues nocturnes) et des saisons (vues enneigées), on découvre les lieux, les palais, châteaux, églises et villages mais également les scènes de la vie quotidienne de l'époque, assistant aux travaux des champs et des vignes, aux scènes de batellerie sur la Seine, aux fêtes galantes aristocratiques comme aux fêtes populaires. Tout est traité dans le détail, que ce soit au niveau des personnages en costume, des troncs et feuillages des grands arbres ou des architectures.

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Les proverbes :

 

À ses innombrables portraits des princes et des grands s’ajoutent ses proverbes, pièces de théâtre de salon où l’improvisation a une part importante, comme dans le récitatif qui accompagne ses transparents. Depuis la mort de l’artiste en 1806 et la dispersion de ses biens, ils sont devenus des films muets. Mais si vous allez à Lens dans la salle circulaire protégée de la lumière naturelle, de la gauche vers la droite, vous cheminerez avec bonheur au fil de cette fête galante que n’aura pu admirer Philippe Égalité, guillotiné deux ans avant sa réalisation.

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Prolongation :

1 : Il est intéressant de rapprocher les paysages de Carmontelle de ceux du peintre contemporain Hubert Robert (1733-1808) qui, dès la fin des années 1770, conçoit et dessine les jardins du roi et en fait également les sujets de ses tableaux.


ROBERT Hubert (1733-1808), Le Théâtre d'eau de la Villa Aldobrandini, sans date,

huile sur toile, 55,9 x 75,8 cm



2 : Le peintre anglais Thomas Gainsborough (1727-1788) aimait représenter à l'huile des paysages sur verre. Au tout début des années 1780, il met au point une "Showbox" en bois et métal dans laquelle il glisse de petites peintures à l'huile sur verre d'environ 28 x 33,6 cm (sorte de diapositives) représentant des paysages avec des effets lumineux (effets de soleil, scènes nocturnes), rétroéclairés par une rangée de bougies. Cette boîte n'est utilisable que par un seul individu à la fois qui observe les paysages à l'aide d'une lentille mobile (loupe).


GAINSBOROUGH Thomas, Showbox, vers 1781-1783


3 : Il faut citer également les Panoramas peints de l'irlandais Robert Barker (1739-1806) créés dès 1787-1792, tout en précisant que ces derniers sont bien différents des œuvres de Carmontelle car ils sont monumentaux, présentés à 360° et éclairés par le dessus, dans une rotonde (de 13 m de diamètre) où ils environnent le spectateur dans l'obscurité.


Panorama de Londres 1792


Rotonde de son bâtiment londonien de Leceister Square, construit en 1794



4 : Le Panorama Mesdag (1880-1881) est le seul conservé dans son bâtiment d'origine à seize côtés, à La Haye (Pays-Bas). Une rotonde centrale surélevée et entourée de sable (la lumière naturelle entre par la verrière de la coupole) permet d'y voir le cylindre en verre originel qui a permis de dessiner le paysage à 360° depuis la dune la plus élevée, puis de le projeter sur toile et surtout la peinture monumentale de plus de 14 m de hauteur, 40 m de diamètre et 120 m de circonférence, réalisée par Hendrick Willem Mesdag (1831-1915), sa femme et trois assistants.


Panorama, La Haye, Zeestraat, 1880-1881


MESDAG Hendrick Willem (1831-1915), Panorama, La Haye, Zeestraat, 1880-1881,

vue de la rotonde centrale et de la toile à 360°.


5 : Plus proches des transparents de Carmontelle, il faut citer les Panoramas du russe Pavel Yakolevitch Piasetsky ou Piasecki (1843-1919), médecin militaire et peintre. Ce dernier a réalisé, entre 1874 et 1903, plusieurs panoramas de voyages effectués dans différents pays, y compris en France (voyages des tsars en 1896 et 1901). Il a notamment dessiné à l'aquarelle des voyages en train dont le Panorama ferroviaire transcapien, vers 1891-1892, transparent montré dans une boîte comme ceux de Carmontelle et le Panorama ferroviaire transsibérien (Moscou, Musée de l'Hermitage), vers 1894-1903, réalisé à grande échelle. 

Ce dernier panorama a été montré, inachevé à l'Exposition Universelle de Paris de 1900 et a valu à son auteur une médaille d'or. Il est constitué de neuf rouleaux (entre 54 et 133 m chacun) à l'aquarelle sur papier et tissu pour une longueur totale de 955 mètres. Présentés à Paris dans le Pavillon de la Sibérie, les rouleaux défilaient à l'extérieur des fenêtres de trois réelles voitures du transsibérien dans lesquelles les visiteurs s'installaient. Les transparents reconstituaient le voyage sur plusieurs épaisseurs de rouleaux défilant à des vitesses différentes selon les plans du paysage.


6 : Enfin, il faut évoquer "les Nymphéas offerts par le peintre Claude Monet (1840-1926) à la France le lendemain même de l'armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de la paix et installés selon ses plans au musée de l'Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort (huit toiles monumentales réalisées entre 1914 et 1918). Cet ensemble unique vient couronner le cycle débuté près d’une trentaine d’années auparavant. Les dimensions et la surface couverte par la peinture environnent et englobent le spectateur sur près de cent mètres linéaires où se déploie un paysage d'eau jalonné de nymphéas, de branches de saules, de reflets d'arbres et de nuages, donnant "l’illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage", selon les termes mêmes de Monet" (texte du Musée de l'Orangerie, Paris).


MONET Claude (1840-1926), Nymphéas, 1914-1918, vue de l'une des deux salles, Paris, Musée de l'Orangerie,
quatre des huit toiles peintes à l'huile, de 2 m de hauteur mais de longueur variable (de 6 m à 17 m),
 réparties dans deux salles ovales et déclinant les saisons.


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Voici donc une courte présentation des transparents de Carmontelle. Maintenant, il faut vous mettre dans les conditions d’examen, de votre oral et répondre à ces questions.

Les transparents de Carmontelle sont une mise en scène de l'image aux prémices de l'histoire de l'installation et par la même la sollicitation des sens du spectateur (perceptions tactiles, auditives, etc.), ce qui entraine un questionnement.

 

1.      Quelles différences y a-t-il entre un tableau accroché au mur et les transparents ?

2.      Comment se place le spectateur devant un tableau ? Devant les transparents ?

3.      Le spectateur est-il passif ou actif ?

4.      Carmontelle propose des sons lors de la présentation d’un transparent. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela provoque sur le spectateur ?

5.      Les transparents proposent une histoire linéaire qui entraine la notion de temps, à la fois, le temps qui passe dans l’histoire et le temps que passe le spectateur devant le transparent. Qu’est-ce que cela induit ?

6.      S’agit-il d’un acte de présentation ? si oui, pourquoi ?

7.      Le statut de l’œuvre est-il différent de celui d’un tableau dans un musée ?

8.      Y a-t-il du mouvement, une mise en scène ?

 

On se trouve devant un travail doublement mobile, car le transparent propose un défilement de l’image mais l’œuvre elle-même est mobile et elle se déplace de ville en ville.