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Bill Viola est né le 25 janvier 1951 à New york. C’est un artiste vidéaste. Il a été formé au College of Visual and Performing Arts Université de Syracuse, et il rejoint la section appelée l'« experimental studio », où il entre en contact avec la vidéo. Plus intéressé par la musique que par l'image, il suit des cours de musique électronique sur synthétiseur, ce qui lui permet d'appréhender le signal électronique comme un matériau avec lequel il peut travailler.

Son travail est influencé par Bruce Nauman un performer, Nam June Paik un vidéaste et les peintres italiens de la Renaissance.

Œuvres principales

  • 1972 Tape 1
  • 1975 Il Vapore
  • 1976 Four Songs
  • 1976 He Weeps for You 
  • 1977 The Reflecting Pool

https://www.youtube.com/watch?v=GHdX7sApIMc

  • 1991 The Passing

https://www.youtube.com/watch?v=7vHtK-DoKB8

  • 1995 The Greeting

https://www.youtube.com/watch?v=Dg0IyGUVXaQ

  • 1996 The Crossing

https://www.youtube.com/watch?v=fHqhaH6m9pY

  • 2001 Five Angels for Millenium

https://www.youtube.com/watch?v=7_c_jNY2ocg

  • 2002 Observance

https://www.youtube.com/watch?v=aiz19J-wVnE

  • 2004 The Passions

https://www.youtube.com/watch?v=As7OtWMYPRc

  • 2013 The Dreamers

https://www.youtube.com/watch?v=mJpv4Z1X3CY

  • 2014 rétrospective grand Palais à Paris

https://www.youtube.com/watch?v=Jg19GwNCJU0

En 1973, Il commence à mettre en place des installations vidéo en utilisant des moniteurs, puis des projections de ses vidéos sur de grandes surfaces.

En 1975, il voyage en Orient, poussé par une quête spirituelle.

En 1980, lors d'un voyage au Japon à la faveur d'une bourse d'études, il rencontre le maître zen Daien Tanaka qui devient son guide spirituel. Viola cherche désormais, dans une démarche intimiste, à exprimer son cheminement émotionnel et spirituel et on retrouve les thèmes récurrents de la vie, la mort, le sommeil, le rêve, l'eau, le feu, le désert…

En 1991, il réalise The Passing : cette bande vidéo est une réflexion sur la vie et la mort, en réaction aux événements presque simultanés de la mort de sa mère et de la naissance de son deuxième fils.

En 1995, il représente les États-Unis à la Biennale de Venise, où il expose The Greeting inspiré de la Visitation 1528 du peintre maniériste Pontormo. Problématique : Comment ajouter l’élément du temps à des images qui restaient a priori figées ?

En 2004, se termine l'exposition The Passions à la National Gallery de Londres où, pour la première fois, une exposition était entièrement consacrée à un artiste contemporain.

En 2014, la toute première rétrospective française de l'artiste Bill Viola aura lieu au Grand Palais à Paris avec plus de vingt œuvres monumentales représentant des heures de vidéo et un dispositif de plus de trente écrans.

 

A travers son travail bill viola pose la question de l’expérience du spectateur et de son rôle a une place prépondérante. Il cherche à approfondir la place de la vidéo et des technologies dans l’art.

Expériences personnelles déterminantes dans sa création :

À six ans, il manque de se noyer dans un lac. Il passe de longues secondes sous l’eau avant d’être repêché in extremis et vit une expérience physique et sensible très forte d’immersion, accompagnée selon ses propres termes d’une contemplation heureuse d’un monde subaquatique, dont la composante visuelle et esthétique influera fortement sur son œuvre à venir. Cet accident sera réinterprété plus tard par l’artiste comme une sorte de deuxième naissance. Cela fondera sa vision du monde tout comme l’idée qu’il se fera de son rôle d’artiste : créer, pour le spectateur.

La mort de sa mère, en 1991, qui précède de peu la naissance de son second fils, puis celle de son père en 1999 sont des expériences fortes et rapprochées qui trouvent un écho majeur dans sa production, dans laquelle il ne cesse de chercher des formes visuelles et esthétiques à la représentation de ces grandes interrogations que sont pour lui les passions et la souffrance mais aussi le passage et la transmission.

De nombreux séjours et voyages dans le monde entier nourrissent ses recherches sur toutes formes de spiritualités, à travers un questionnement sur le visible et l’invisible.

Il se rend dans le désert tunisien pour y filmer des mirages, à Dharamsala en Inde où il rend visite au Dalaï Lama, dans les îles Fidji où il filme la cérémonie de marche sur le feu, au Japon où il séjourne pendant 18 mois pour des projets artistiques et étudier le bouddhisme zen, en Europe où il multiplie les échanges, collaborations artistiques et expositions, en Orient où il se passionne pour le soufisme (spiritualité de l’Islam )…

Bill Viola évoque et commente souvent, dans ses interventions ou conférences, l’importance que revêt pour lui la rencontre des lieux, des personnes ou des œuvres de l’esprit. Quels que soient leur époque, leur ancrage géographique, elle provoque ou nourrit un nombre limité et repérable de questions qui hantent toujours sa vision : vie, mort, rêve, regard, temps, déserts, passions, acceptation, limites, douleur, conscience, identité

Problématiques :

Les passions et la souffrance

Le passage et la transmission.

Questionnement sur le visible et l’invisible

Vie, mort, rêve, regard, temps, déserts, passions, acceptation, limites, douleur, conscience, identité

Attention : Viola ne raconte pas d’histoires et l’intérêt proprement narratif de ses vidéos est nul.

Conditions de présentation et de réception du travail de Bill Viola

Les installations vidéo de Bill Viola supposent souvent des espaces de grandes dimensions, (la  cathédrale Saint-Paul à Londres, le Grand Palais à Paris), plongés dans l’obscurité, sans limites immédiatement perceptibles. L’obscurité apparaît comme la mise en condition spirituelle et psychique du spectateur. De toute évidence, Bill Viola veut obliger le spectateur à quitter le monde « réel » et le plonger dans un lieu incertain, sombre et possiblement inquiétant ; un lieu où les repères classiques de temps et d’espace ont disparu.

Bill Viola s’en tient au constat que l’expérience de l’œuvre nécessite de la part de son spectateur un engagement fort.

On prêtera donc une attention redoublée au motif de l’immersion (Ascension, 2000), de l’aspersion (The Raft, 2004), du plongeon ou même de la noyade dont on sait qu’elle fut, pour l’artiste, une expérience fondatrice.

Le spectateur, sa place, son rôle

  • il ménage des espaces à investir (le spectateur est dedans, pas devant) et des opérations à effectuer (s’approcher, se faufiler, tourner autour…).
  • Certaines installations vidéo se rapprochent davantage de ce que l’on appelle des « environnements », au sens où l’espace de l’œuvre et l’espace du spectateur se confondent, le premier englobant le second. Avec The Dreamers (2013), l’espace tout entier devient aquatique, le spectateur se situant entre les sept écrans plasma et les multiples sorties son. On ne voit pas d’eau dans l’espace d’exposition, mais on la « perçoit ».
  • le cycle d’images numériques intitulé Going Forth by Day (2002) oblige le spectateur à rentrer dans la lumière des projections qui se déploient simultanément sur tous les murs. C’est une incorporation du regardeur dans l’espace de l’image projetée
  • Un autre groupe d’œuvres s’impose, ce sont les vidéos que l’on pourrait qualifier de « spéculaires », celles qui élaborent une représentation (même symbolique) du spectateur en invitant ce dernier à faire retour sur son activité. Par exemple, c’est le cas de la série Reverse Television, Portraits of Viewers créée en 1983-1984. Le téléspectateur se voit voir, mais sans savoir au juste qui est cet homme ou cette femme, calé(e) dans son fauteuil, qui nous regarde sans un mot. Une projection ? Notre mauvaise conscience ? Notre allié en résistance ?

Éloge de la lenteur : le temps

La question du temps est au cœur de l’univers de Bill Viola, l’artiste assignant à la vidéo la tâche de sculpter le temps.

Une telle proposition a l’intérêt de glisser l’art là où il n’est pas. Doublement décalée donc. On retiendra que l’étirement temporel et la perte des repères sont déjà au cœur du projet.

L’utilisation des caméras haute vitesse et l’effet magistral de ralenti qu’elles permettent sont devenus la signature de l’artiste.

Passage 1990 : « De ces durées étirées naissent d’étranges silences, de longs grondements assourdissants, ou des sortes de hurlements qui démentent les apparences. Le bonheur d’un anniversaire est contredit par un grincement d’enfer ». Il faut dire que Passage n’avait pas été filmé en haute vitesse (la bande originale de 26 minutes avait été ralentie à 1/16’ de sa vitesse normale pour durer 6 heures 30). Viola malmenait à dessein la technique, pour obtenir une image-flux dont l’intensité émotionnelle était inversement proportionnelle à sa lisibilité.

Surrender (2001), l’image de l’homme et de la femme s’avère être un reflet.

Tristan’s Ascension (2005), l’élévation lente du corps, accompagné d’une cataracte d’eau, contredit toutes nos « incorporations » physiques, toutes nos certitudes visuelles.

Mirages et moirages

1979, la lenteur, c’est aussi celle qui affecte un corps venant vers nous depuis l’horizon quand ce corps est filmé avec un objectif 800 mm (Chott-El-Djerid, A Portrait in Light and Heat,

Walking on the Edge, 2012. La focale écrase les plans et la profondeur, on ne sait pas si ce corps avance ou recule. Il semble faire du surplace. Le seul mouvement assuré est celui du paysage qui, sous l’effet de la réverbération, se tord et ondoie à l’écran   À nous de comprendre que les voyages de l’image et dans l’image intéressent autant l’artiste que les déplacements dans l’espace…

Narration et théâtralité

Viola ne raconte pas d’histoire, jamais.

Qu’est-ce que « raconte » The Reflecting Pool ? Un homme vient depuis la forêt, s’approche du bassin, s’y jette, en sort.

The Quintet of the Astonished ? Un groupe de cinq personnes cadrées de manière serrée est pris d’émotion(s) ;

Three Women ? Une femme et deux jeunes filles traversent et retraversent un rideau liquide…

Cette pauvreté narrative, voulue, caractérise le projet vidéographique de Viola, à mi-chemin entre l’image fixe, le cinéma et le théâtre. Il s’agit toujours de cristalliser des effets flottants et d’engager pour le spectateur un rapport au monde augmenté. Mais Viola, metteur en scène, se garde bien d’élaborer une libération totale. La tension, si elle s’apaise, ne doit pas disparaître dans la tête et dans le cœur de celui qui regarde. D’où le recours à l’hyperthéâtralité, qui séduit et repousse dans le même mouvement.

Peintures et rapprochement :

La Visitation de Pontormo (1528) derrière The Greetings (1995) ;

L’Annonciation de Dieric Bouts (1445) derrière Four Hands (2001)

Le Christ aux outrages (le Couronnement d’épines), (1490), de Jérôme Bosch derrière The Quintet of the Astonished (2000).

Les fresques de Giotto dans la Chapelle des Scrovegni à Padoue (1305) trouvent un écho dans l’iconographie et la scénographie de Going Forth by Day.